La découverte de l'art africain.
A partir du XV si ècle les navigateurs portugais explorent l' Afrique et l' Europe et
découvrent peu à peu l' art africain. Au siècle suivant commence l' époque des traitants. Toutes les grandes puissances maritimes viennent avec leur flotte marchandes commercer avec les peuples sur la côte africaine. Ces navigateurs arrivent accompagnés de
missionnaires chrétiens qui veulent convertir ces peuples autochtones qualifiés de barbares. Les objets d' art sont considérés alors comme des fétiches. Les hécatombes opérées par ces missionnaires privent le monde à tout jamais d'une multitude de chefs d' oeuvre de l' art africain.Au XIX siècle les explorateurs vont s' élancer à la découverte de l' intérieur du continent et ses terres inconnues. Ils sont pour la plupart géographes. La publication de leurs relations de voyage à leur retour en Europe va susciter le développement d' une nouvelle science: l' ethnologie, spécialisé dans l' étude des peuples du monde entier et de leurs civilisations.
Pendant la période de la colonisation, les grandes puissances européennes vont envoyer leurs colonnes militaires. Ils prétendent que les africains sont des primitifs. . L' art africain ne présente aucun intérêt, il n' existe pas. Il est relégué au rang des outils des hommes
préhistoriques, il marque une époque dans l' histoire de l' humanité.
La véritable rencontre de l' art africain et de l' Europe se fait au XX siècle.
Il y est décelé une nouvelle écriture qui va répondre pour certains artistes comme Matisse, Picasso, Gauguin, Vlaminck, à leur préoccupation et marquer le point de départ de la rupture avec les normes académiques. Ces artistes occidentaux sont les premiers à
reconnaître autant de valeurs humanistes chez les artistes africains. Ils admirent la puissance abstraction de cette expression, la richesse, la variété, la vitalité qui rayonne dans cet art. Ils y trouvent une nouvelle source d' inspiration et même un style nouveau, le Cubisme, art abstrait qui casse le carcan des lois imposées aux artistes depuis la Renaissance. Enfin, les
objets d' art africain vont être regardés comme des oeuvres d' art. Il n' était plus question de beauté, de laideur, mais bien d' une émotion directe, d' une manifestation spontanée. L' engouement pour l' art africain caractérise < les années folles >. C' est aussi bien sûr le temps des grandes collections privées. De nos jours, des centaines d' expositions d' art africain sont organisées chaque année dans le monde. Des musées, des galeries d' art et des collectionneurs privés s' arrachent ces oeuvres dans les grandes ventes aux enchères
internationales et atteignent des prix records.
La côte d' Ivoire est située sur la Côte occidentale de l' Afrique
Elle est entourée à l' ouest par le Libéria et la Guinée, au nord par le Mali et le Burkina-faso, à l' est par le Ghana et au sud par l' océan Atlantique. Pour une population d' environ 12 millions d' habitants, la Côte d' Ivoire comprend plus de 60 ethnies. Terre mosaïque, riche de la diversité de ces ethnies, la Côte d' Ivoire a été et demeure un carrefour d' immigration. Les différentes populations ont pu élaborer un art plastique aux expressions multiples. Les arts traditionnels ivoiriens comptent parmi les plus riches d' Afrique, les plus productifs et diversifiés sur le plan artistique. Ce foisonnement de styles de matières, de sujets variés sont l' expression d' une seule et même aspiration à la beauté. Un art en recherche constante d' esthétique. Ces différentes ethnies n' ont pas cessé au fil des siècles de se regrouper, se séparer et surtout d' échanger des traditions et des styles artistiques. Ces rapports ont aussi permis la constitution de spécificités. En effet ces populations ont su développer chacune de leur coté une forte identité artistique de sorte que
l' on peut les différencier.
Le masque.
De cette diversité artistique, j'ai choisi de présenter les masques, leurs caractéristiques, leurs
fonctions, leurs ressources plastiques. Le masque africain est entouré de beaucoup d' ignorance ou d' idées préconçues et fausses. Ce n' est pas un accessoire de théâtre Ce n' est pas un objet d' art décoratif, figuratif Ce n' est pas un objet d' art dans sa finalité comme nous l' entendons conditionné par notre goût européen Ce n' est pas un objet inerte Ce n' est pas un objet utilisé dans le but d' actes de sorcellerie C'est plutôt un être sacré qui utilise le support matériel d' un homme, considéré alors comme un gardien, pour apparaître et s' exprimer. Il est vivant, il s' intègre dans un ensemble. C'est une oeuvre conçue pour provoquer des sentiments de respect, de crainte, de terreur, de courage, d' hilarité…..
Ses caratéristiques.
Il y a dans les masques deux caractères essentiels qui aident à la compréhension de ses fonctions respectives. Les masques comme institution associés aux rites et à la pratique de la danse, il s' agit des masques sacrés et des masques profanes.
Les masques sacrés
Ils représentent les ancêtres de tous les masques, ils représentent une divinité, une force. Ils détiennent les pouvoirs religieux. Ils exercent une action propitiatoire à l'égard des puissances bénéfiques ( génies, dieux secondaires ) qui sont des intermédiaires, entre les hommes et une déité diffuse dans l' univers. Ils expriment la majesté, la sagesse, le mystère des forces surnaturelles qui les animent. Ils sont chargés de montrer l' invisible. Ils peuvent aussi éloigner les puissances du mal, ils protègent les hommes des forces maléfiques. Ils interviennent dans des cérémonies bien particulières, rites de passage, purification, sacrifice, initiation,conjuration… Ils jouent un rôle essentiel dans le rétablissement de l' ordre social. Ils représentent des ancêtres et Dieu, ils sont bons et justes. Ils punissent ceux qui apportent le désordre et l' insécurité. Ils sont les juges suprêmes. Ils détiennent les pouvoirs juridiques. Ils règlent les litiges, les problèmes de familles, de clans, de tribus. Ces masques ne sortent que pour des événements vraiment importants publiquement ou dans une enceinte privée, sacrée. On les reconnaît à leur grande jupe de raphia de palmier séché, leur coiffe énorme faite de plumes ou de peaux de bêtes ou de tissu recouvert de cauris, leurs ornements, chasse mouche,bâton, grelots aux pieds pour marquer le rythme. Le jour de sa sortie, la population se mobilise, à la fin de la cérémonie tous les assistants passent devant le masque sacré pour recevoir le kaolin purificateur.
Les masques profanes
Cette catégorie est représentée par un ensemble de petits masques très nombreux qui se produisent au moment des fêtes de réjouissance. Ce sont des masques de divertissement. Ils représentent les ancêtres du clan de la famille, destinés à attirer l'ame de l' ancêtre et à capitaliser sa puissance vitale. Immortels, ils sont dépositaires du patrimoine culturel. Ainsi il leur appartient de raconter l' histoire, ils sont la mémoire du peuple. Ils forment une société hiérarchisée, le masque sacré est au sommet entouré par une cour d' autres masques. Le masque guerrier : chargé de la conquête et de la défense du territoire. Il accompagne le masque sacré lorsqu' il s' agit de rendre la justice en cas de préjudice. Lors de fêtes, il est chargé de surveiller les comportements de tout un chacun pour détecter les mauvais éléments. Le masque griot : Il est le compagnon fidèle du masque sacré. Il est un chanteur solitaire, il louange le masque sacré. Il est aussi le masque espion, il écoute, il observe, il rapporte au masque sacré. Il influence le masque sacré à être plus clément. Le masque chanteur : Il est historien, généalogiste, il chante les louanges des hommes. Il est aussi danseur. Il anime toutes les fêtes. Il est indispensable pour les réjouissances comme pour les funérailles. Le masque danseur : Il est un des premiers masques apparu. Il est le virtuose de la danse, il a une forte vitalité. Il est très souvent accompagné du masque chanteur. Le masque mendiant : Il est à la fois en bas et en haut de la hiérarchie. Il est en quête de spécialité. En attendant d' être initié dans l' art de la danse, du chant, de la guerre, il distrait le monde par ses plaisanteries et ses mimes. Il va de case en case mendier des aliments. Le porteur de masque.
Le porteur de masque est initié. Son identité doit toujours rester inconnue. Sa personnalité s' efface complètement. Il n' est qu' un support humain par lequel le masque devient accessible aux hommes.
ses fonctions.
Le masque est tout à la fois : vecteur essentiel de revendication d' une identité locale, généralement un personnage mythique bienfaiteur de la communauté….Il régit les
collectivités. C'est une institution traditionnelle à la fois RELIGIEUSE, POLITIQUE, ECONOMIQUE, HISTORIQUE, THERAPEUTIQUE. Différents types de masques existent. Cette différenciation se fait autour de leurs fonctions. Religieux : Il assure la médiation entre dieu, ancêtres et les hommes. Il apparaît dans les rites de passage. Il est protecteur contre les esprits maléfiques. Politique : Le masque garantit la hiérarchie sociale. Instance suprême pour le règlement de tous les problèmes qui peuvent se poser à la communauté. Il fait respecter l' ordre et la justice. Il intervient dans toutes les décisions vitales. Lorsque le masque a parlé, nul ne peut le contredire. Ses décisions sont sans appel. Social : il veille à l' harmonie de la communauté. Il assure la pérennité du savoir. Il assure le lien entre les ancêtres et les vivants. Il apporte au village la bénédiction des ancêtres. Culturel : Il appartient au patrimoine culturel de l' Afrique. Il est le dépositaire de la culture d' une ethnie. Les hommes se succèdent, les peuples se déplacent, la société évolue, mais le masque reste depuis sa création le témoin de ces multiples changements et mutations. C' est donc lui qui peut rendre compte de l' évolution du peuple. Économique : Il garantit la stabilité sociale nécessaire pour le développement. Il est le bien collectif qui appartient à l' ensemble de la famille. Il intervient directement dans la production comme élément mobilisateur des forces.
SES RESSOURCES PLASTIQUES
Il existe une corrélation absolue entre les formes et les fonctions. Les formes évoluent, l' artiste tente de concilier son art avec son époque. Les pièces révèlent une volonté de renouvellement des thèmes traditionnels. Mais le désir de produire des masques forts, percutants est fondamental en Côte d' Ivoire. Ces oeuvres atteignent leur but lorsqu' elles satisfont d' abord le sens esthétique ou un au delà de l' esthétique, la vision d' un infini spirituel, la beauté ou la terreur. Le masque pour être efficace devra être ravissant, témoigner d' une excellence dans l' exécution ou inversement manifester une sorte d'< horreur sacrée >. La forme stable n' est qu' un jeu de forces secrètes, de puissances vitales. L' étude esthétique de ces masques variés révèle un intérêt pour l' abstraction, épuration des formes, structurations savantes, arêtes, saillies, libre cours à la fantaisie, puissance, équilibre, jeu de symétrie et d' asymétrie, lignes évocatrices, jeux de volumes géométriques ou arrondis, bombés, jeux de courbes. Voici la symbolique de quelques couleurs des masques africains :
- le blanc = c'est une couleur de passage, le passage de la mort à la renaissance, la mutation d'un être. Elle est également la couleur de Dieu (lien avec les ancêtres), représentant la lumière, l'innocence, la pureté et la droiture. Elle est fabriquée à partir du kaolin ou en pilant la craie (autrefois, on se servait de coquilles d'escargot, d'oeufs, d'excrément de lézard ou de serpent sacrés ). Dans certains villages du Nord du Nyari-Kwilu, le kaolin signifiait deuil, et l'on s'en servait pour “décorer” les tombes.
- le noir = c'est une couleur négative ; elle représente la mort, l'anéantissement, le mal, la sorcellerie et l'antisocial. Elle est fabriquée avec du charbon de bois ou du noir de fumée. En Côte d'Ivoire, ce sont les feuilles ou les écorces de lianes qui servaient à la concevoir. Il s'agit d'une valeur complémentaire chez les Igbo.
- le rouge = le symbole est ambivalent. Elle représente le sang, le feu, le soleil, (et donc la chaleur), mais aussi la réintégration d'un être marginal, la fécondité et le pouvoir. Le rouge foncé représente les forces agressives et le sang impur. Elle est fabriquée à l'aide de substances minérales, sacrificielles (ex : une noix de kola mâchée puis recrachée. Mais maintenant, les tribus utilisent de la peinture commerciale).
- le jaune = c'est une valeur complémentaire chez les Igbo. Elle représente la paix, la sérénité, la fortune, l'espoir, la fertilité, l'éternité, mais aussi le déclin et l'annonce de la mort.
- le bleu = c'est une couleur négative qui représente la froideur, mais, paradoxalement, la pureté, le rêve et le repos terrestre.
- le vert = représente la croissance, la nourriture et la virilité.
- l'ocre brun = c'est aussi une valeur complémentaire chez les Igbo.
L'art sacré et l'art profane.
Dans la majorité des cas, les objets sont des objets sacrés, destinés la plupart du temps à participer à des cérémonies et à des rites religieux animistes où quelques initiés seulement ont droit d' assister. Les objets rituels ne doivent pas être exposés devant le grand public. Pendant toute la durée de leurs fonctions, ces objets sont cachés,à l' abri des regards des
étrangers, des femmes et des non-initiés. Il ne sortent qu 'à l' occasion des grandes cérémonies. Il existe également des arts somptuaires. A la différence de l' art rituel, ces arts et toutes les productions qui s' y rattachent appartiennent au domaine du profane. La frontière entre les arts somptuaires et l' art religieux n' est pas aussi nette que le laisseapparaître leur définition respective.
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Voici la symbolique de quelques couleurs
des masques africains :
Le blanc : c'est une couleur de passage, le passage de la mort à la renaissance, la mutation d'un être. Elle est également la couleur de Dieu (lien avec les ancêtres), représentant la lumière, l'innocence, la pureté et la droiture. Elle est fabriquée à partir du kaolin ou en pilant la craie (autrefois, on se servait de coquilles d'escargot, d'œufs, d'excrément de lézard ou de serpent sacrés ). Dans certains villages du Nord du Nyari-Kwilu, le kaolin signifiait deuil, et l'on s'en servait pour “décorer” les tombes.
Le noir : c'est une couleur négative ; elle représente la mort, l'anéantissement, le mal, la sorcellerie et l'antisocial. Elle est fabriquée avec du charbon de bois ou du noir de fumée. En Côte d'Ivoire, ce sont les feuilles ou les écorces de lianes qui servaient à la concevoir. Il s'agit d'une valeur complémentaire chez les Igbo.
Le rouge : le symbole est ambivalent. Elle représente le sang, le feu, le soleil, (et donc la chaleur), mais aussi la réintégration d'un être marginal, la fécondité et le pouvoir. Le rouge foncé représente les forces agressives et le sang impur. Elle est fabriquée à l'aide de substances minérales, sacrificielles (ex : une noix de kola mâchée puis recrachée. Mais maintenant, les tribus utilisent de la peinture commerciale).
Le jaune : c'est une valeur complémentaire chez les Igbo. Elle représente la paix, la sérénité, la fortune, l'espoir, la fertilité, l'éternité, mais aussi le déclin et l'annonce de la mort.
Le bleu : c'est une couleur négative qui représente la froideur, mais, paradoxalement, la pureté, le rêve et le repos terrestre.
Le vert : représente la croissance, la nourriture et la virilité.
L'ocre brun : c'est aussi une valeur complémentaire chez les Igbo.
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L'art africain et la sculpture
La sculpture concerne plusieurs matières, le bronze, l'argile, etc. Le bronze se définit comme un alliage de cuivre et de l'étain à forte proportion de cuivre. le cuivre est un métal importé à des fins d'usage précis auprès des cours royaux. a l'origine, le travail des fondeurs consistait à produire des parures pour les épouses des chefs, à couler les statuaires mortuaires.
La sculpture du bronze au Burkina Faso était autrefois réservée à certaines familles: les Touré, Dermé, les Sanfo.
Les Touré sont au Burkina Faso depuis une période qui se situe aux alentours du XVème siècle. Ils sont dispersés dans toute l'Afrique de l'Ouest. Originaires du Hombori au Mali, les Dermé sont installés au Burkina Faso depuis le XVIIIème siècle. Les Sanfo viennent de Ségou au Mali comme les Dermé. Aujourd'hui, le travail du cuivre est devenu un art populaire dont les caractères particuliers ont conféré à l'artisanat local et national, un renom qui dépasse les frontières du Burkina Faso.
Le bronze offre la particularité d'être plus dur que le cuivre. Le travail du bronze d'art implique l'acquisition de matières premières qui forment l'alliage, à savoir le cuivre, le zinc et l'étain. De nos jours, les alliages entrant dans la sculpture du bronze sont en grande partie des produits de la récupération. Il s'agit de certains moteurs, les vieux robinets, les fils de cuivre hors d'usage de la société nationale d'électricité. L'alliage le plus utilisé est le laiton. Le bronze était aussi utilisé par les Européens comme moyen de troc contre l'or et les esclaves. Ce sont ces manilles qui vont alimenter dès le XVème siècle les grands centres artistiques de l'Ouest africain tel que Ife au Nigeria et Akan à cheval entre la Côte d'Ivoire et le Ghana, deux pays avec lesquels le Burkina Faso partage des frontières. Les métaux, en l'occurrence le fer, le cuivre et les alliages cuivreux principalement, ont été sculptés pour les armes de parade et pour la parure. Les procédés techniques sont essentiellement le martelage, le moulage à vif et le moulage à la cire perdue.
Le moulage à vif
Il s'agit d'une méthode techniquement employée pour la reproduction des petites pièces. Cette méthode s'applique surtout à des exemplaires calcinables à une température avoisinant 1030 degrés. La pratique de cette technique nécessite la récupération de certains petits animaux tels que les lézards, les oiseaux, les insectes ou les branchages et les feuilles. Il n'est possible de reproduire qu'un seul modèle. Les différentes étapes du procédé en question peuvent se récapituler ainsi qu'il suit:
- d'abord, l'artisanat prend la pièce à reproduire qui peut être un lézard par exemple. Il l'immobilise dans la position de reproduction désirée fixée grâce à des aiguilles ou des pointes;
- puis, la pièce est recouverte d'une couche d'argile et le canal servant à conduire l'alliage liquide pendant la coulée, encore appelé "jet" est façonné et déposé au soleil. L'argile est remise jusqu'à l'obtention d'une couche épaisse qu'il faut laisser sécher complètement;
- ensuite, le moule et son modèle seront mis au feu pendant quelques heures à une température en deçà de 200° C. Ce qui va permettre d'éliminer l'eau que contient le modèle préfabriqué, évitant ainsi les fissures. Un chauffage plus énergique sera effectué afin de carboniser complètement le prototype réalisé sous la forme d'un moule;
- enfin, intervient le refroidissement. Après, il faut évacuer la cendre, couler l'alliage et débarrasser l'argile. Ce n'est qu'en ce moment que s'obtient le modèle en bronze.
La dite technique concernée s'apparente au moulage à la cire perdue, mais avec l'unique différence qui se situe au niveau du modèle de source naturelle.
Le moulage à la cire perdue
La cire était autrefois acquises auprès des fabricants d'hydromiel. De nos jours, elle provient des régions à forte production de miel comme les provinces du Kénédougou dans les Cascades et du Gourma à l'Est. La cire peut-être utilisée plusieurs fois, mais sa quantité diminue par évaporation au cours du chauffage du modèle pour le décirage. Le charbon de bois est acheté auprès de détaillants de la place.
La technique de forme à la cire perdue serait d'introduction récente en Afrique de l'Ouest d'une manière générale et serait d'origine maghrébine. Elle consiste à réaliser le modèle en cire, puis le recouvrir de couches successives d'argile et le laisser sécher.
L'étape d'après consiste à chauffer le modèle ainsi recouvert et faire couler dans un récipient contenant de l'eau. Il faut procéder alors au coulage du bronze d'art qui remplacera la cire et laisser refroidir. L'opération de décrochage par la suite vise à casser le moule d'argile avec beaucoup de précaution pour extraire l'oeuvre coulée.
A la suite du décrochage, l'artisan procède à des réparations, afin d'améliorer l'aspect de l'oeuvre coulée en bouchant les trous ou en effectuant des soudures. L'étape de la ciselure renvoie à un ensemble d'opérations visant à parfaire la peau de l'oeuvre ainsi réalisée et à dissimuler les parties soudées. La patine concerne la mise en couleur de l'oeuvre. Avec le bronze à la cire perdue, d'innombrables bracelets, bagues, colliers et statuettes longtemps commandés par la cours des empereurs, sortent des ateliers familiaux.
Les sculpture en pierre de Laongo
Contrairement au bronze et au bois la pierre n'a pas très tôt attiré les sculpteurs. Il n'est pas aisé de trouver un sculpteur qui ne travaille que de la pierre comme on a des spécialistes du bronze et du bois. On peut aussi constater que le marché de l'art offre très peu de sculptures en pierre. Pourtant, tous les sculpteurs sont aussi des spécialistes de la pierre. Laongo nous en a fait la démonstration.
En effet, récemment une volonté politique a permis la prolifération des sculptures en pierre. Des ateliers internationaux regroupant artistes burkinabè et étrangers ont réalisé un véritable musée de sculptures dans des roches en pleine nature à Laongo dans la province d'Oubritenga. Laongo est un village situé à 35 km. au Nord-est de Ouagadougou dans la province d'Oubritenga. Là on a un affleurement granitique qui se présente en boules épaisses ou en coupoles. Plusieurs symposiums-ateliers internationaux sur la sculpture sur granit ont été faits, de sympo graniit 89 à nos jours. Les artistes s'installent dans un village artistique créé à proximité des affleurements granitiques, puis travaillent pendant des semaines.
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LE MASQUE DANS LA SCULPTURE AFRICAINE
Aucune société humaine n’a ignoré le masque et celui-ci surgit dès le moment où l’homme accède à l’état de culture. De la Grèce antique à l’Amérique ancienne en passant par l’Asie et l’Océanie, les masques ont symbolisé les dieux, incarné la beauté et l’effroi, exprimé l’immanence et l’illusion mais aussi le calme, l’ordre et la sérénité. Il en fut ainsi des Gorgones dont parle Hésiode, des masques d’initiation du Péloponèse, des masques bugaku et nô du Japon, des masques barong de Java, des masques des Eskirno et des Indiens d’Amérique du Nord, des masques des Papou Orokolo de la Nouvelle-Guinée.
En Afrique Noire, continent célèbre depuis le début de ce siècle pour la richesse de son art, la sculpture des masques est une dominante majeure de l’art plastique. Le masque peut ici être considéré comme un phénomène artistique caractérisé par son ubiquité et la diversité de ses formes et styles.
LE MASQUE SE RENCONTRE PARTOUT :
On rencontre le masque dans les savanes des pays Soudanais et des pays Bantou comme on le rencontre dans les forêts du Golfe de Guinée et de la cuvette Congolaise. Or, ces régions recouvrent plusieurs types de civilisations : Les civilisations des clairières avec les Dan, le Vê et les Akan ;
- Les civilisations des greniers avec les Dogon, les Sénoufo ;
Les civilisations des cités avec les Mandingues et les Yoruba.
Il s’agit là aussi de sociétés qui peuvent être patrilinéaires ou matrilinéaires, organisées en Etat ou organisées sur la simple base du village.
Ce qui frappe dans cette présence du masque, c’est son indifférence aux variations d’ordre géographique ou culturel, d’ordre social ou politique. Il y a cependant des régions privilégiées dans cette distribution géographique et socio-culturelle des masques en Afrique.
- Le Soudan Occidental, et principalement les peuples de la boucle du Niger (Bambara, Dogon, Mossi, Bobo) ;
- Les régions côtières depuis la Casamance jusqu’à l’embouchure du Congo, en particulier les peuples du massif guinéo-libérien, de la Côte-d’Ivoire, du Nigéria, du Cameroun et du Gabon ;
- Les contrées au Sud et au Sud-Est du Congo (le Congo, le Zaïre, l’Angola) ;
- Les hauts plateaux situés entre le lac Nyassa et l’Océan Indien.
Une moindre importance des masques est attestée dans le Soudan Central, l’Oubangui Chari (l’actuelle République Centrafricaine) et le Nord du Congo. Enfin, il semble que les sociétés politiques organisées en Etats fortement centralisées soient moins riches en masques que celles organisées en chefferies et communautés villageoises.
Les Formes sont variées :
Les masques sont taillés dans les matériaux les plus divers, mais avec une prépondérance manifeste du bois. Il y a une profusion des formes, mais trois tendances principales se dégagent de celles-ci.
Les masques à forme animale
masques zoomorphes :
Ils sont la figuration des caractères dominants des animaux représentés, tels sont les masques Boli des Bambara qui figurent des lions, des hyènes et des antilopes. Notons ici l’importance des Tyi-Wara, masques antilopes qui conduisent les danses pendant les grands évènements. De même, la danse masquée djê des Gouro et des Baoulé, est un véritable déploiement de masques zoomorphes où apparaissent têtes de chien, cabri, gazelle, buffle et éléphant etc...
Les masques à figure humaine
masque anthropomorphes :
Ils représentent des hommes ou des femmes. Chez les Dogon, les masques humains incarnent les anciens, les prêtres, les chasseurs et les sorciers. Il existe aussi chez les Mossi des masques à figure féminine à côté des masques à figure masculine. Enfin, de nombreux masques anthropomorphes existent chez d’autres peuples notamment chez les Dan et Gouro, où leurs traits sont finement ciselés. Qui ne se souvient de la célèbre Dje-La Lou-Zaouli, une des plus belles attractions des danses ivoiriennes !
Les masques anthropozoomorphes :
Ici s’associent traits animaux et traits humains, mais avec la prépondérance du visage humain. Le visage de l’homme est alors affecté d’une ornementation le plus souvent périphérique, composée d’éléments empruntés aux animaux (cornes, plumes, dents) et visant à souligner les caractéristiques fonctionnelles du masque. Ainsi en est-il des masques Zamblé chez les Gouro. Quant aux masques Wê (c’est-à-dire Guéré et Wobé) où cette ornementation est composée avec beaucoup de recherche, ils atteignent en ce domaine un haut degré d’expression symbolique.
LES TROIS ORIENTATIONS STYLISTIQUES
A travers les formes qu’ils donnent à la matière, les sculpteurs de masque s’efforcent de rendre visible l’invisible et d’exprimer des idées. L’union des éléments naturels et des éléments abstraits, des éléments expressionnistes et des éléments surréalistes, s’achève dans le surgissement d’une entité tout à fait nouvelle : le masque. Celui-ci avec une tête puissante, un oeil étincelant, des cornes de buffle, de bélier ou d’antilope, avec parfois une gueule de crocodile, doit dégager une impression de force et de puissance. L’équilibre statique, la symétrie et la frontalité doivent évoquer la grandeur supraterrestre dont le masque est le siège.
Deux styles apparaissent très nettement à travers le fatras des formes : un style cubiste, où dominent les formes géométriques, caractérise les masques des Dogon, Bambara, Bobo et Wê (Guéré en particulier) ; un style naturaliste, où domine au contraire la représentation du réel visible, se retrouve dans les masques des Gouro, Baoulé et peuples de la civilisation du Bénin.
Mais entre ces deux orientations existent des styles intermédiaires que l’on rencontre chez les sculpteurs de masques Dan et Sénoufo, pour ne citer que ces deux exemples.
LA PLACE DE LA COTE D’IVOIRE DANS CETTE SCULPTURE.
En raison des aires géographiques et culturelles qui la composent et des échanges divers que l’histoire y a permis, la Côte d’Ivoire occupe une place de choix dans la sculpture des masques africains. En effet l’aire culturelle du Haut-Niger qui se confond en ce domaine avec celle de la Boucle du Niger, se prolonge en Côte d’Ivoire par la sculpture Sénoufo et introduit dans ce pays certaines formes stylistiques des pays Bambara et Dogon. Tandis que l’aire culturelle de la Côte Ouest-Africaine et du bouclier forestier Guinéo-Libérien, apporte en Côte d’Ivoire avec les Dan et les Wê, les constructions naturalistes et cubistes caractéristiques de cette zone. Cette influence se développe d’Ouest en Est, à travers la Côte d’Ivoire, par les Gouro proches parents des Dan, et par les Niaboua, Bakoué, Kroumen, Néyo, Bété et Godié, culturellement apparentés aux Wê.
Enfin la sculpture des masques Baoulé participe à la fois des techniques artistiques de l’aire atlantique de l’Est (Akan, Adja Yoruba) et des styles sénoufo et gouro, procédant ainsi à une synthèse des conceptions de l’Ouest, de l’Est et du Nord de notre sous-région d’Afrique Occidentale. La position géographique centrale du peuplement baoulé, accentué par son étalement en longitude et son extension en latitude, apparaît comme une approche d’explication de ces emprunts culturels.
Il en résulte pour la Côte d’ivoire une richesse culturelle imposante qui en fait, en Afrique occidentale au moins, une des régions privilégiées du masque.
LES FONCTIONS DU MASQUE
En apparence, et pour le profane, le masque est un phénomène artistique et technique qui peut signifier, à travers l’ubiquité de cette sculpture en Afrique Noire, une unité d’expression artistique, un stade d’avancement technologique, une modalité de l’expression culturelle. William Fagg écrit à ce propos : « c’est par l’art qui lui est propre que nous pouvons acquérir la vue la plus pénétrante de la culture d’un peuple, et en particulier des peuples africains ». (Musée des Arts décoratifs, 1964). C’est dire que les sculptures ont un rôle de témoins, sont révélatrices de la civilisation d’un peuple.
Si en Occident, l’idée de sculpture est d’abord technique, dans la mesure où sculpter c’est « tailler avec le ciseau une figure, une image, dans la pierre, le bois, le marbre » (Littré), en Afrique la sculpture renvoie au sculpteur, c’est-à-dire à la société qui porte l’oeuvre et l’artiste. C’est pourquoi Ola Balogun a pu écrire : « l’un des principaux traits communs à l’ensemble de l’Afrique Noire, dans le domaine de la sculpture, est que les masques sculptés ne sont pas conçus pour être contemplés comme oeuvres d’art, mais pour être utilisés à l’occasion de cérémonies rituelles sociales ou religieuses ». (Introduction à la culture africaine, UNESCO, 10/18, p. 57).
En matière d’art africain, la question-clé est toujours la question des fonctions. Il faut donc aller au delà des apparences pour comprendre la sculpture des masques à travers les fonctions qui lui sont assignées.
LES DOMAINES D’INTERVENTION DU MASQUE
Le masque n’est pas en réalité cette figure sculptée que l’on a coutume de voir, il est un personnage, un être qui représente à la fois une divinité et une force de la société humaine. Au moment où il le porte, son porteur est investi des attributs reconnus à cette force divine et sociale.
Il en résulte une variété des domaines d’intervention du masque qui atteste de la variété de ses fonctions. Dégageons les quatre domaines les plus importants :
le domaine culturel
Le masque intervient dans les cérémonies d’initiation, dans les rites liés à la naissance et dans les cérémonies funéraires ; il peut aussi diriger des rites d’adoration. Dans ce domaine strictement religieux, les masques servent de protection contre les esprits maléfiques mais jouent un rôle d’intermédiaires entre les dieux et les hommes.
Le domaine socio-politique
Le masque règle en dernier recours les litiges, les problèmes de la paix et de la guerre, ses décisions sont alors irrévocables ; au plan strictement politique les masques donnent des directives aux responsables politiques pour la gestion de la communauté ; enfin ils assurent la sécurité des villageois en organisant la police des villages ; ce sont encore les masques qui se chargent de l’information en cas de besoin.
Le domaine économique
Le masque joue un rôle dans la vie économique parce qu’il doit veiller au bon déroulement des semailles et de la moisson, intervenir pour apaiser le courroux des dieux lors des calamités naturelles qui bouleversent les données de la vie agricole et menacent la survie de la communauté.
Le domaine ludique
Les réjouissances, les fêtes et les jeux voient encore les masques apporter leur concours aux hommes par la danse, le chant, les courses masquées.
Ces domaines d’intervention correspondent donc aux fonctions sociales importantes jouées par les masques. Mais chaque fonction nécessite un type de masque approprié et la hiérarchie des fonctions appelle la hiérarchie des masques.
Les types de masques
Les masques africains se différencient selon les domaines d’utilisation et l’importance des tâches qu’ils doivent assumer. Ces rôles expliquent aussi les différences dans la forme : taille, figure, accoutrement, démarche, etc...
Chez les Sénoufo, par exemple, il y a deux grandes classes de masques sous le rapport de la forme et huit classes sous celui de l’utilisation. Ainsi les masques d’initiation (poro) sont de grande taille et à figure animale. Il s’agit là de masques participant à l’éducation et à la formation des hommes, donc de masques ayant des fonctions positives. Au contraire, d’autres masques sont destinés aux techniques magiques agressives ou défensives. Ces derniers sont de petite taille et ont une figure humaine. Dans l’état actuel de nos connaissances, il est difficile de livrer une description précise des masques sénoufo selon leurs fonctions. La même difficulté existe du côté des Dan et des Wê, tant il est vrai que la science des masques en Afrique exige d’autres types d’approches que celles du chercheur profane collectant de village en village des informations superficielles sur des institutions et des structures dont les lois sont strictement ésotériques.
Chez les Wê et les Dan, pour nous en tenir encore à la superficie des choses, les grands masques se distinguent des petits masques. Sont considérés comme grands masques ceux qui ont la fonction de commandement, l’âge et le savoir ; tels sont les masques de sagesse, de justice, de guerre ; ils ont un accoutrement spécial, une démarche majestueuse et sortent à intervalles variant entre 1, 2, ... 10 ou 20 ans. En dessous se trouvent les masques mineurs eux-mêmes très hiérarchisés ; ceux-ci ont une fonction ludique très affirmée, et interviennent pendant les fêtes et autres jours de réjouissance. Mais en règle générale, les grands masques commandent aux petits, décident de la sortie annuelle ou périodique de tous les masques, arrivent les derniers sur la scène les jours de cérémonie, précédés évidemment de leurs annonciateurs que sont les petits masques. Un protocole, en somme qui rappelle les grandes parades politiques de l’Afrique ancienne et celles de l’Afrique actuelle. C’est dire que, dans la plupart des régions, il y a plusieurs masques par village, en raison des fonctions diverses qui sont assignées aux masques, au regard des nécessités de la vie sociale. Ainsi dans le village de Diaplé (village dan du Libéria), à côté du grand masque (Gorglé ou léopard) existent le masque de chaque quartier, les masques qui veillent sur les nouveaux circoncis, les masques gendarmes, le masque de distraction et le masque chargé de l’information. En somme, une espèce de gouvernement de la collectivité qui distribue les rôles à des ministères techniques sous la direction d’un chef de gouvernement. Dans ce village composé de deux grands quartiers, six types de masques exercent six fonctions bien déterminées. Nous sommes loin de la tradition d’anarchie que l’ethnographie coloniale avait cru déceler, pour les besoins du colonialisme, dans les sociétés forestières de l’Afrique Noire.
LA FONCTION FONDAMENTALE
EST LE MAINTIEN DE L’ORDRE
La fonction la plus significative des masques est le maintien de l’ordre. Le masque est chargé de maintenir l’ordre du monde, de la société et des familles.
Le masque intervient en effet pour régulariser l’ordre cosmique dérangé par les atteintes portées aux lois du monde. Surviennent des calamités naturelles et des catastrophes humaines, et les masques ordonnent des sacrifices pour réparer les effets des transgressions qui ont causé tous ces malheurs.
Ils doivent aussi veiller à la rectitude des moeurs en maintenant le respect des interdits qui fondent la structure des familles et des villages. Enfin les masques de sagesse ou grands masques décident en dernier ressort des affaires que la justice profane n’a pu régler. Leur intervention dans les problèmes de la guerre et de la paix vise aussi à préserver l’ordre social.
Mais une question vient à l’esprit : pourquoi a-t-on eu besoin de recourir au masque pour assurer le maintien de l’ordre social ?
Pour maintenir l’ordre dans la société et dans le monde, les hommes ont eu besoin de l’autorité des dieux, des esprits et des ancêtres. Les masques incarnent les dépositaires naturels et surnaturels de l’autorité. Ils fonctionnent donc comme les réceptacles du sacré et par conséquent comme les fondements de la loi, source de l’ordre et de la puissance. Ainsi la sacralisation de l’autorité à travers son investissement dans le masque, est-elle un moyen de lui assurer la légitimité et la puissance. Les masques apparaissent donc, en dernière analyse, comme des appareils idéologiques de la société traditionnelle africaine qui assurent la conservation de l’ordre naturel par la recherche des équilibres et la lutte contre l’anarchie. Ils expriment ainsi la situation de sociétés qui n’ont pas cherché à rompre la continuité primordiale entre le monde des hommes et celui des dieux, entre la nature et la surnature.
CONCLUSION
DESTIN DES MASQUES DANS L’AFRIQUE D’AUJOURD’HUI
Si les masques gardent encore leurs attributs antiques dans les civilisations de l’Amérique indienne, de l’Océanie et de l’Afrique, ils semblent les avoir perdus en Europe et en Asie.
En effet, les masques ont connu en Europe comme en Asie une évolution qui les a fait passer du sacré au profane, de la religion au théâtre. Dès l’époque de Périclès le masque représentant de la divinité est déjà aux prises avec la raison dans le théâtre grec. Traités avec horreur dans la tragédie et tournés en dérision dans la comédie, les masques et les dieux sont soumis au dur interrogatoire de la raison humaine.
Dans l’Occident chrétien, le masque est rejeté de la religion mais réapparaît dans la fête, le carnaval et les manifestations grotesques. On le voit dans les manifestations populaires du temps de carême en Suisse, en Bavière et en Autriche. Le masque est devenu expression du diable, du mal que le carnaval essaie de diluer â travers la grosse farce mystique. La cérémonie masquée est une cérémonie du mal qui se dégrade en une ronde des vices. Ici, le masque autorise la transgression des interdits et le carnaval est alors une vaste illusion comique qui contraste avec les rituels pleins de grandeur des fêtes masquées africaines.
Une évolution analogue quoique différente, s’observe en Asie où les masques sont de plus en plus associés aux jeux, au théâtre et aux fêtes. Ainsi les masques bugaku du Japon perdent leurs aspects rituels au profit de leurs aspects esthétiques ; les masques Nô, chefs-d’oeuvre religieux des 14 et 15e siècles, animent des forces qui sont maintenant purgées de toute référence rituelle.
Ainsi donc, avec le recul du sacré, le masque a été réduit à sa fonction ludique et esthétique. Les masques africains sont-ils appelés à suivre cette évolution constatée ailleurs ? La nouvelle économie de marché, l’urbanisation rapide et générale qui désagrège les campagnes, la nouvelle administration des collectivités rurales, bref tous les changements en cours ne sont-ils pas des menaces constantes qui pèsent sur la vie des masques ?
Deux dangers apparaissent très nettement à l’heure actuelle : l’autodestruction et la destruction extérieure. L’autodestruction est causée par les commerçants d’art qui soumettent les paysans à des pressions irrésistibles ; par le comportement indélicat de certaines autorités administratives ; par l’indifférence même des intellectuels modernes aux réalités de la culture traditionnelle. La destruction extérieure est liée aux influences religieuses importées (Islam, Christianisme), à l’absence parfois regrettable d’une politique culturelle susceptible de bloquer la fuite à l’étranger des structures matérielles de la civilisation des masques.
Au-delà de la disparition des supports matériels de la vie des masques, il y a des dangers qui menacent les fonctions. L’on peut se demander, en effet, si les masques ont encore un rôle à jouer dans la société d’aujourd’hui, en particulier dans le règlement de certains conflits pour lesquels le droit moderne, hérité de l’occident, paraît complètement incompétent.
Il y a donc des raisons objectives pour une résistance des masques africains en tant que forces sociales, mais le problème est de savoir comment sera articulée l’intégration des anciennes fonctions des masques à la gamme des fonctions que la société contemporaine est en train de développer.